Challenge AZ 2018, Cirque

N comme uNe journée au cirque

Aujourd’hui je voudrais rendre hommage à tous ces métiers qui font qu’un cirque fonctionne.

Vous allez me demander quel est le rapport avec la généalogie?

A première vue : aucun.

Si j’ai choisi de parler du « petit personnel » c’est parce que j’ai régulièrement des demandes de recherches sur ces personnes qui à un moment de leur vie, ont choisi de travailler dans un cirque.

La question qui revient le plus souvent : l’un de mes ancêtres travaillait dans un cirque, comment puis-je retracer sa carrière?

Il y a peu de traces d’eux dans les archives. Le fond Haynon ne porte que sur les artistes et les cirques, pas sur le personnel. Dans l’état-civil, on les mentionne comme employés.

Les cirques Jean Richard et Amar étant des entreprises privées, elles n’ont pas obligation de verser leurs archives.

Tout cela rend les recherches très difficiles. Je connais la généalogie de Claude Morand, puisqu’il s’agit de mon père, comme celle d’Alain Massip, ami de mon père de même qu’Anne Richard.

Anne Richard, elle, arrive au cirque en 1973 avec son mari Jacques Simon, mécanicien. Ils ont garage et un bar en Touraine qui ne fonctionne plus très bien. Elle sera ouvreuse et son mari mécanicien, chauffeur. Ils resteront chez Jean Richard (aucun lien de famille) jusqu’en 1977. Ils n’ont pas eu d’enfant.

Que restes-t-il dans les archives de leur appartenance à un cirque ?

Rien.

Ces personnes me tiennent particulièrement à coeur. Ils ont jalonné mon enfance et mon adolescence. Anne était toujours présente lorsque mes parents étaient trop occupés. Judy Massip la fille d’Alain et Ursula était à l’internat avec ma soeur, mon frère et moi…

J’ai envie de vous parler de ces invisibles des archives des cirques et de leur quotidien.

La « troupe d’ouvreurs » cirque Jean Richard en 1976 (2ème rang 5ème en partant de la gauche : Anne Richard épouse Simon) 

Qui étaient ces Personnes ?

Les profils étaient assez différents, des personnes peu qualifiés et d’autres très spécialisés : soigneurs, mécaniciens, comptable …

On signait pour la tournée. Si l’on avait pas de caravane, les hommes disposaient de couchettes  à deux ou trois par cabine. Peu de femmes partaient seules. La seule que je connus, fut l’infirmière, chez Jean Richard, qui disposait de sa caravane servant aussi de cabinet.

Régulièrement, l’arrivée du cirque dans une ville, voyait s’approcher non seulement des amoureux du cirque qui regardaient le montage du chapiteau, mais aussi des gens qui cherchaient du travail pour quelques jours ou plus. C’était souvent des personnes sans domicile fixe, en grande précarité, ou ayant des problèmes qui les obligeaient à se « cacher » un peu. L’administration n’était pas aussi regardante qu’aujourd’hui et fermaient les yeux sur certains papiers d’identité ou numéro de sécurité sociale manquant.

La plupart exerçait deux métiers : les chauffeurs étaient aussi mécaniciens, monteurs, afficheurs … Certaines ouvreuses étaient aussi artistes, caissières, cuisinières …

Une journée type :

A l’arrivée, si tout c’était bien passé, le cirque s’installait. Le chapiteau au centre, le camion caisse et entrée sur l’espace le plus accessible pour le public, la ménagerie d’un côté, les artistes d’un autre puis le reste du personnel sur le dernier côté. Il n’y avait pas beaucoup d’échanges entre ces deux dernières « catégories ». Souvent les artistes étaient de nationalité étrangère et parlaient très mal français, et puis chacun à sa place. On retrouve les mêmes structures sociales dans un cirque. que dans un village.

Les monteurs commençaient le montage du chapiteau. Lorsqu’il manquait du personnel, tous les hommes mettaient la main à la masse (Ici Claude Morand (à droite) et Alain Massip (afficheur)).

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La journée pour le reste du personne variait : les mécaniciens étaient souvent les plus actifs. Il fallait réparer ce qui le devait. Les soigneurs s’occupaient des animaux : les nourrir, les soigner. A chacun soigneur sa spécialité : fauves, chevaux, éléphants.

Comme l’indiquait Jean-Pierre Richard dans la vidéo de l’article J comme Jean Richard, après la fin du spectacle le démontage du chapiteau débutait.

C’est les femmes qui, à la fin du spectacle, enlevaient les housses des sièges (qu’elles avaient installé au montage) pliaient et rangeaient les chaises dans les camions. Elles étaient payées au pourboire.

Vers 1h30, 2h00 du matin tout le monde partait dormir un peu. Selon le nombre de kilomètre à faire le lendemain, le réveil sonnait en moyenne vers 4h – 4h30 du matin.

Que faisaient mes parents ?

Mon père était un des premiers à se lever. Il était responsable, en autre chose, du convoi. Il commençait par réveiller les chauffeurs, puis organisait l’accrochage : un tracteur, une ou deux remorques voire une caravane à chaque fois. Il vérifiait tous les branchements électriques, qu’un convoi ne soit pas sans feux de signalement. Puis une fois chaque chauffeur à son poste, les caravanes se vidaient de leurs occupants qui poursuivaient eux leur nuit dans les véhicules. Le long convoi se mettait alors en route. Mon père avait aménager des couchettes dans le camion pour que mon frère, ma sœur et moi puissions dormir tranquillement jusqu’à l’arrivée sur la nouvelle place.

A l’arrivée, il fallait installer la caravane, la caler, brancher l’eau et l’électricité (quand il y en avait), aller faire les courses. Je me souviens d’un dimanche en Alsace où tout était fermé. A défaut de produits frais (sans électricité pendant le temps de transport, le frigidaire était vidé chaque jour), on a mangé des raviolis…en boîte…Beurk.

La caisse ouvrait à 10h00 jusqu’à l’heure du spectacle. Ma mère y passait ses journée jusqu’à très tard. Elle rentrait pour les repas. Nos parents n’étaient jamais bien loin et il y avait toujours quelqu’un pour nous surveiller. A commencer par notre chienne, Marlou.

Je me souviens d’un jour en 1981, à Thaon les Vosges, où Marlou agressa un homme qui s’approchait trop près de la caravane. Elle était attachée et des chaînes entouraient un périmètre autour de la caravane pour lui laisser de l’espace. De plus un panneau chien méchant était apposé sur les chaînes. Le bonhomme passe sous les chaines parce qu’il ne voulait pas contourné les chaînes. La chienne lui saute dessus. Il tombe elle le mord. Il se relève en hurlant et en courant. Une heure plus tard les gendarmes débarquent et veulent emmener la chienne. Le monsieur avait porté plainte. Mon père passe en comparution immédiate au tribunal. L’homme veut que la chienne soit piquée car elle a la rage dit-il? Il sera débouté ayant enfreint l’interdiction signalée sur les chaines. Les papiers de Marlou étaient en règle, elle était vaccinée. Le plus drôle c’est la vengeance de mon père, furieux d’avoir perdu un temps précieux et que l’on s’en prenne à sa chienne. La cuve de hippopotame devait être vidée. Le bonhomme vivait dans une caravane à proximité de la place du cirque. Mon père a fait vider la cuve devant la caravane du monsieur qui a dû avoir une drôle de surprise à son réveil en mettant les deux pieds dedans. L’odeur était immonde.

La cuisine préparait les repas pour l’ensemble du personnel. On demandait à chacun s’il voulait manger au jour le jour. Il n’y avait pas d’obligation. En 1976, nous mangions à la cantine du cirque, mais en 1979, ma sœur et moi avions appris à cuisiner et essayons de faire de notre mieux. Bon il y eu bien des plats brûlés, du repassage mal fait… mais on y mettait tout notre cœur. On trouvait même marrant de remplir les deux réservoirs de 200 L de la caravane avec des jerricanes de 10 litres. Rassurez-vous nous passions beaucoup de temps à jouer. Dans notre petite chambre, nous avions chacun une boite de jouets et des livres. L’été c’était la plage avant que notre mère aille travailler? Nous faisions beaucoup aussi de cabanes.

Vers 19h00, tout le personnel qui participait au spectacle, se préparait pour vers 20h00 se rendre au chapiteau. Le spectacle commençait à 21h00.

Nous assistions rarement au spectacle, et encore par petits morceaux, jamais en entier. Si j’avais eu l’autorisation d’aller sous le chapiteau j’aurais aimé faire de la voltige. Il y avait aussi cette panthère noire en liberté présenté chez Thierry Le Portier (le dresseur de la Panthère de la peinture Valentine, du Puy du Fou ou encore de Fort Boyard) et bien sûr les clown. Au cirque Jean Richard mon préféré était Francesco et Totor chez Amar

William Victor Foottit dit Totor

Ma mère travaillait jusqu’à la fin du spectacle, car une fois la caisse fermée, il fallait faire les comptes. Pendant ce temps, nous allions nous promener dans la ville avec notre père et manger des glaces. L’hiver c’était la télé dans la caravane.

Voilà une journée au cirque avec tout ces personnes qui font que le cirque fonctionne et n’est pas seulement un spectacle.

Que reste-t-il de ces années ?

Beaucoup de nostalgie. J’aimais cette vie où le décor changeait chaque jour ou presque. L’été c’était une nouvelle plage tous les jours. Je pouvais passer du temps avec mes parents. Mais j’adorais l’internat, c’était l’école sans la pression parentale. J’avais conscience que c’était difficile pour mes parents.

Nous avons arrêté en 1983 après une année 1982 catastrophique. le changement a été brutal. Il a fallu quitté l’internat à Strasbourg, le cirque pour se retrouver en Bresse Louhannaise.

Le temps passant, j’ai gardé le goût du changement, des voyages et du cirque.

Aujourd’hui c’est un de mes domaines de recherche. Je rêve d’une grande base de données des circassiens, mais pas uniquement des artistes. Je veux y associer tous ces invisibles sans qui le cirque n’existerait pas.

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Demain je vous parlerai de O comme …Olivia

Sources : photos personnelles et Collection William Victor Foottit

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2 réflexions au sujet de “N comme uNe journée au cirque”

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